Baudry, Paul (1825 -1909)

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Zénobie retrouvée par des bergers sur les bords de l’Araxe
Le Tableau du Samedi : Paul Baudry, La Toilette de Vénus, 1858
                                       Les Tourments d’Une Vestale                                                                                                                                                  La Toilette de Vénus 

Grand prix de Rome de peinture d’histoire en 1850 pour Zénobie retrouvée par des bergers sur les bords de l’Araxe,  Paul Baudry excelle dans les nus à l’antique : chatouillant discrètement la sensualité du public sous couvert de scènes mythologiques, comme dans Les Tourments d’Une Vestale (1857) ou dans la Toilette de Vénus  (1859), il plaît au public bourgeois. Fils d’un sabotier, il est le peintre des grands : après le ministre Achille Fould, qui lui fait décorer son hôtel, Napoléon III lui confie le décor du foyer de l’Opéra.

décor du grand foyer de l’Opéra

Membre du jury, farouchement opposé à ceux que l’on appellera bientôt les « impressionnistes », il suscite l’ironie mordante de Zola dès 1866 ; feignant de s’étonner devant les protestations des lecteurs de L’Evénement qui menacent de se désabonner s’il continue à défendre Manet, l’auteur de Mon Salon souligne la soumission de la critique au pouvoir, le caractère pervers de la composition du jury et tout ce que la hargne des académistes doit au ressentiment :

[…] un critique d’art de ma connaissance […] affirmait dernièrement à ses trois cent mille lecteurs que M. Baudry était le premier peintre de l’époque. Jamais je n’ai formulé une pareille monstruosité. Un instant, j’ai craint pour ce critique d’art, j’ai tremblé qu’on n’allât l’assassiner dans son lit pour le punir d’un tel excès de zèle. On m’apprend qu’il se porte à ravir. Il paraît qu’il y a des services qu’on peut rendre et des vérités qu’on ne peut dire.

Le jury est composé de vingt-huit membres, dont voici la liste par ordre de votes : membres nommés par les artistes médaillés : MM. Gérome, Cabanel, Pils, Bida, Meissonier, Gleyre, Français, Fromentin, Corot, Robert Fleury, Breton, Hébert, Dauzat, Brion, Daubigny, Barrias, Dubufe, Baudry ; […] M. Baudry. Cet artiste est très irrité de ses derniers insuccès. C’est une singulière idée que de le charger de travailler au succès des autres.

Emile Zola, Mon Salon (1866)


En 1876, dans ses Lettres de Paris, Zola mentionne parmi les oeuvres les plus regardées du Salon « les portraits peints par M. Baudry » :

« Baudry, un artiste que la décoration du nouvel Opéra a depuis dix ans tenu éloigné du Salon, ajoute-t-il, fait sa réapparition cette année avec deux beaux portraits, peints avec élan, avec un tel élan en effet que le public m’a paru déconcerté et démonté. » 

Paul Baudry (1828 - 1886) "Anne Crémieu-Bénédite" dét. (18… | Flickr

Baudry, portrait d’Anne Crémieu-Bénédite (1876 mais absent du Salon)

Zola raille le style de Baudry qu’il oppose à celui de La Vague de Courbet, à l’occasion de l’Exposition internationale de 1878:


« La Vague
fut exposée au Salon de 1870. Ne vous attendez pas a quelque œuvre symbolique, dans le goût de Cabanel ou de Baudry : quelque femme nue, à la chair nacrée comme une conque, se baignant dans une mer d’agate. »


L’Ecole française de peinture à l’Exposition de 1878


Il est plus sévère encore dans le Naturalisme au Salon en 1880 :


« Quant à M. Baudry, membre de l’Institut, commandeur de la Légion d’honneur, il a exposé deux portraits, qu’on juge sévèrement et avec raison. Voilà où conduit l’École, lorsqu’on a un semblant de tempérament et qu’on cherche en dehors de la saine et bonne nature. Les têtes peintes par M. Baudry sont « cuisinées » de la façon la plus compliquée du monde ; cela n’est ni juste ni bien portant. »


Le Voltaire –
 18-22 Juin 1880

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