Claude Monet 1840-1926

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En 1874, lors de la première exposition impressionniste, Zola se contente de signaler les paysages de Monet, en 1876, il lui consacre un paragraphe élogieux :

M. Claude Monet est certainement un des chefs du groupe. Il a un éclat de palette extraordinaire. Son grand tableau, intitulé Japonerie, une femme vêtue d'une longue robe rouge du Japon, est prodigieux de couleur et d'étrangeté. Dans le paysage, il voit clair, en plein soleil. Ce ne sont plus les paysages rissolés de l'école romantique, mais une gaieté blonde, une décomposition de la lumière s'irisant de toutes les couleurs du prisme. Là est la véritable originalité de la nouvelle école, dans l'étude de la vraie lumière et du plein air. Je citerai par exemple La Prairie, une petite toile, rien qu'une nappe d'herbe avec deux ou trois arbres se découpant sur le bleu du ciel. C'est d'une simplicité et d'un charme exquis. La décoloration des verts et des bleus au grand soleil y prend une intensité de lumière aveuglante. On sent l'or pâle de l'astre brûler dans l'air. Il me faudrait indiquer encore d'autres tableaux, entre autres une Femme en blanc, assise à l'ombre dans la verdure, et dont la robe est criblée par une pluie de rayons, comme à larges gouttes. Toutes ces oeuvres sont très originales et très modernes.

Lettre de Paris - Le Salon de 1876

Claude Monet est incontestablement le chef du groupe. Son pinceau se distingue par un éclat extraordinaire. Son grand tableau, appelé Japonerie, montre une femme drapée dans un long kimono rouge ; c'est frappant de coloration et d'étrangeté. Ses paysages sont inondés de soleil. Je citerai en exemple La Prairie, un petit tableau où on voit seulement un bout de champ avec deux ou trois arbres se détachant sur un ciel azuré. C'est plein d'une simplicité et d'un charme inexprimables. Il ne faudrait pas oublier d'autres tableaux de Monet, notamment le portrait d'une femme habillée de blanc, assise à l'ombre du feuillage, sa robe parsemée de paillettes lumineuses, telles de grosses gouttes.

Lettres de Paris Le Salon de 1876

Je ne puis, dans cette correspondance, leur accorder a chacun l'étude qu'ils mériteraient. Je me contenterai de les nommer : M. Claude Monet est la personnalité la plus accentuée du groupe. Il a exposé cette année des intérieurs de gare superbes. On y entend le grondement des trains qui s'engouffrent, on y voit des débordements de fumée qui roulent sous les vastes hangars. Là est aujourd'hui la peinture, dans ces cadres modernes d' une si belle largeur. Nos artistes doivent trouver la poésie des gares, comme leurs pères ont trouvé celle des forêts et des fleuves.

Notes parisiennes une exposition : Les peintres impressionnistes 1877

À la tête des impressionnistes, j'ai cité tout à l'heure M. Claude Monet, en disant qu'il s'était décidé, cette année, à envoyer deux toiles au Salon. Une de ces toiles seulement a été reçue, et avec peine, ce qui l'a fait placer tout en haut d'un mur, à une élévation qui ne permet pas de la voir. C'est un paysage, Lavacourt, un bout de Seine, avec une île au milieu, et les quelques maisons blanches d'un village sur la berge de droite. Personne ne lève la tête, le tableau passe inaperçu. Cependant, on a eu beau le mal placer, il met là-haut une note exquise de lumière et de plein air ; d'autant plus que le hasard l'a entouré de toiles bitumineuses, d'une médiocrité morne, qui lui font comme un cadre de ténèbres, dans lequel il prend une gaieté de soleil levant. M. Monet, lui aussi, est un maître. Il n'a pas la note distinguée de M. Manet, il peint lourdement les figures mais c'est un paysagiste incomparable, d'une clarté et d'une vérité de tons superbes. Il y a surtout en lui un peintre de marines merveilleux ; l'eau dort, coule, chante dans ses tableaux, avec une réalité de reflets et de transparence que je n'ai vue nulle part. Ajoutez qu'il est fort habile, maître de son métier, sans tâtonnement, fait pour plaire au public, s'il s'en donnait la moindre peine. Aussi est-ce un grand étonnement pour nous tous que ce peintre si bien doué lutte encore obscurément, après avoir débuté au Salon par des toiles très regardées et très discutées. telle que sa Femme à la robe verte. dont on parle encore. J'ai expliqué que la campagne faite par M. Monet avec les impressionnistes n'avait pas été heureuse pour lui. Il faudrait maintenant, si je voulais étudier complètement son cas, entrer dans des considérations d'un ordre personnel que j'hésite à aborder. Ce que je puis dire, c'est que M. Monet a trop cédé à sa facilité de production. Bien des ébauches sont sorties de son atelier, dans des heures difficiles, et cela ne vaut rien, cela pousse un peintre sur la pente de la pacotille. Quand on se satisfait trop aisément, quand on livre une esquisse à peine sèche, on perd le goût des morceaux longuement étudiés ; c'est l'étude qui fait les oeuvres solides. M. Monet porte aujourd'hui la peine de sa hâte, de son besoin de vendre. S'il veut conquérir la haute place qu'il mérite, s'il veut être un des maîtres que nous attendons, il lui faut résolument se donner à des toiles importantes, étudiées pendant des saisons. sans autre préoccupation que de s'y mettre tout entier, avec son tempérament. Qu'il ne s'occupe plus de la question des expositions, qu'il fasse avec entêtement de la grande et belle peinture, et avant dix ans il sera reçu, placé sur la cimaise, récompensé, il vendra ses tableaux très cher et marchera à la tête du mouvement actuel.

[...] Voilà un peintre de l'originalité la plus vive qui, depuis dix ans, s'agite dans le vide, parce qu'il s'est jeté dans des sentiers de traverse, au lieu d'aller tout bourgeoisement devant lui. Il avait exposé au Salon de premières toiles fort remarquées ; puis, le jury s'avisa de le refuser, et le peintre irrité décida qu'il ferait bande à part. Ce fut une faute de conduite, un manque d'habileté dans l'entêtement ; car s'il avait continué la lutte sur le terrain des Salons officiels, nul doute qu'il aurait aujourd'hui la grande situation à laquelle il a droit. Cette année, il est revenu au Salon avec une toile dont je parlerai plus loin, mais qu'on paraît avoir reçue par charité et qu'on a fort mal placée. C'est toute une série d'efforts à recommencer pour lui. Les expositions libres des impressionnistes n 'ont mis que du tapage autour de son nom ; il s'est lui-même relâché, il a cessé de donner tout ce qu'il pouvait, en ne se battant plus contre les mauvaises intentions du jury et contre l'indifférence du public. Le grand courage est de rester sur la brèche, quelles que soient les fâcheuses conditions où l'on s'y trouve. Donc, M. Claude Monet, que l'on regarde avec raison comme le chef des impressionnistes, n'est plus aujourd'hui qu'un renégat comme M. Renoir.

Le naturalisme au Salon 1880

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