Ferdinand Roybet (1840-1920)

Roybet est aujourd'hui pratiquement oublié. La toile dont parle Zola, conservée à Grenoble, n'est pas disponible sur Internet. On trouve pourtant quelques-unes des oeuvres de Roybet sur le Net : d'une part quatre toiles conservées par la RMN , d'autre part La Sarabande, une toile de 1895 qui montre que Roybet continuait à incarner l'art pompier alors que les impressionnistes commençaient à être reconnus.

Avant l'ouverture du Salon, on a fait quelque bruit autour de la toile de M. Roybet, Un fou sous Henri III. On parlait d'une personnalité fortement accusée, d'un réalisme large. J'ai vu la toile, et je n'ai pas compris ces applaudissements donnés à l'avance. C'est là de la peinture honnête, plus solide assurément que celle de M. Hamon*, mais d'une énergie fort modérée. La personnalité annoncée ne s'est pas révélée à mes regards.
Le fou, tout de rouge habillé, tient en laisse deux dogues qui ont l'air de deux bons enfants ; il rit, montrant les dents, et on dirait, à le voir, un satyre habillé.
Le sujet importe peu d'ailleurs, et le pis est que je trouve ces chiens, surtout cet homme, traités d'une façon petite. Ici, encore, les détails dominent l'ensemble ; les étoffes manquent de souplesse, les mains du personnage ressemblent à deux palettes de bois, et la face paraît ciselée avec soin.
Je ne sens pas la chair, dans tout ceci et, si j'éprouve quelque sympathie, c'est pour les deux dogues qui sont plantés beaucoup plus carrément que leur maître.
Voilà donc les quelques réalistes du Salon. Je puis en omettre ; mais, en tout cas, j'ai nommé et étudié les principaux. J'ai voulu simplement, je le répète, faire comprendre que je ne me parque dans aucune école, et que je demande uniquement à l'artiste d'être personnel et puissant.
J'ai tenu à être d'autant plus sévère que je craignais d'avoir été mal compris. Je n'ai aucune sympathie pour la charge du tempérament, - qu'on me passe ce mot, - et je n'accepte que les individualités vraiment individuelles et nettement accusées. Toute école me déplaît, car une école est la négation même de la liberté de création humaine. Dans une école, il y a un homme, le maître ; les disciples sont forcément des imitateurs.
Donc pas plus de réalisme que d'autre chose. De la vérité, si l'on veut, de la vie, mais surtout des chairs et des cours différents interprétant différemment la nature. La définition d'une oeuvre d'art ne saurait être autre chose que celle-ci : Une Oeuvre d'art est un coin de la création vu à travers un tempérament.

 lettre R