Puvis de Chavannes

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J'ai gardé pour la fin le grand tableau de Puvis de Chavannes. Retirée au couvent de Sainte-Croix, Radegonde donne asile aux poètes et protège les lettres contre la barbarie du temps. Voici enfin un talent réellement original, qui s'est formé loin de toute influence académique. Lui seul peut réussir dans la peinture décorative, dans les vastes fresques que demande le jour cru des édifices publics. À notre époque, avec l'écroulement des principes classiques, la question des peintures murales est devenue critique. La noblesse des héros, la simplicité du dessin, toutes les règles qui faisaient du tableau une espèce de bas-relief dont les couleurs froides ne détonnaient pas avec le marbre des églises et des palais, se sont effondrées, faisant place à l'éclat du pinceau romantique. Et voici qu'il me semble que Puvis de Chavannes a trouvé une issue à cette impasse. Il sait être intéressant et vivant, en simplifiant les lignes et en peignant par tons uniformes. Radegonde, entourée de religieuses en habit blanc, écoute un poète qui déclame des vers entre les murs du couvent. La scène respire un charme grandiose et paisible. S'il faut dire toute la vérité, pour moi Puvis de Chavannes n'est qu'un précurseur. Il est indispensable que la grande peinture puisse trouver des sujets dans la vie contemporaine. Je ne sais qui sera le peintre génial qui saura extraire l' art de notre civilisation et je ne sais comment il s'y prendra. Mais il est incontestable que l'art ne dépend ni des draperies ni du nu antique; il prend racine dans l'humanité elle-même et par conséquent chaque société doit avoir sa conception individuelle de la beauté (Salon de 1875)


Un sort heureux m'autorise à citer [...] Puvis de Chavannes, le seul de nos peintres qui fasse réellement de la grande peinture. Il a fait siens les tons neutres de la fresque aux teintes délavées qui conservent la plus noble sévérité de style. Le dessin, sobre et net, légèrement archaïque et allongé, prend une importance particulière dans ces immenses tableaux paisibles, créés pour l'ennoblissement des édifices. Mais comme cet artiste n'est pas sorti de l'École des beaux-arts et qu'il apporte dans l'art des traits fort originaux, l'Administration n'a osé lui confier aucun travail important. Voici pourtant qu'elle s'est enfin décidée à lui commander quelques peintures murales pour l'église de Sainte-Geneviève qu'on est en train de restaurer. Puvis de Chavannes a exposé le premier tableau avec l'explication suivante qu'on lit dans le catalogue : "Dès son âge le plus tendre, sainte Geneviève donna les marques d'une piété ardente. Sans cesse en prière, elle était un sujet de surprise et d'admiration pour tous ceux qui la voyaient." Alors qu'elle est encore enfant, un évêque remarque la sainte dans une foule et la bénit. La figure de la petite fille est attachante par sa grâce et sa douceur. Les groupes sont peints très artistiquement avec cette simplicité qui donne une valeur aux moindres lignes. Voici assurément de la peinture décorative au sens le plus large du mot, celle qui doit imprimer de la grandeur à un monument et non le rapetisser, qui doit le doter de la sérénité d'une idée sublime exprimée avec une originalité nette et tranquille. (Salon de 1876)


Je me reprocherais, dans ces notes rapides, de ne pas parler du grand carton de M. Puvis de Chavannes, destiné à; compléter la décoration du musée d'Amiens. C'est un immense dessin de plus de trois mètres de hauteur sur seize mètres de longueur, représentant de jeunes Picards s'exerçant à la lance. La composition est si vaste, elle comprend un si grand nombre de groupes, que je me contenterai d'en louer la belle ordonnance, d'une savante simplicité. M. Puvis de Chavannes est aujourd 'hui le seul peintre qui ait le sens de la grande décoration ; son originalité et sa puissance sont dans la simplification du dessin, dans l'unité du ton, dans ces larges pages qui ornent les monuments, sans en écraser ni en trouer l'architecture. Et ce dont il faut le louer surtout, c'est que, tout en simplifiant, il reste dévot à la nature ; sa sobriété n'exclut pas la vérité, au contraire . il y a bien là une convention presque hiératique de dessin et de couleur , mais on sent l'humanité sous le symbole (Salon de 1880)

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