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Zola mentionne à peine Paul Delaroche, qui fut le professeur de Gérome et de Millet et pour lequel il a le plus grand mépris : il apprenait à ses élèves "à ne pas peindre et à colorier des images péniblement cherchées et inventées", écrit-il le 1er juillet 1867 dans Nos Peintres au Champ de Mars.
C'est que Paul Delaroche était,
comme l'écrit Bruno Foucart, un artiste du "juste
milieu", un artiste du "goût moyen"
dont l'oeuvre réconcilait (ou tentait de réconcilier)
les talents antagonistes du néoclassique Ingres et du romantique
Delacroix, à la grande satisfaction du public.
La facture des toiles (les jeux du clair-obscur, la gamme sourde
de la palette, le jeu des arabesques et la précision du
dessin) en fait un disciple d'Ingres tandis que les sujets ont
quelque chose de Delacroix. Mais le romantisme de Delaroche confine
au mélodrame et les Goncourt n'avaient pas de mots assez
durs, dans Manette Salomon, contre "la désastreuse
influence de la littérature sur la peinture" qui
caractérise son oeuvre. Paul Delacroche, écrivaient-ils,
est "un peintre de prose, [...] l'habile arrangeur théâtral,
le très adroit metteur en scène des cinquièmes
actes de chronique, l'élève de Walter Scott et de
Casimir Delavigne, figeant le passé dans le trompe-l'oeil
d'une couleur locale à laquelle manquaient la vie, le mouvement,
la résurrection de l'émotion.
Les Enfants d'Édouard (1831, Louvre) montre ainsi les deux enfants
du roi Edouard IV d'Angleterre, que leur oncle a enfermés
dans la Tour de Londres après la mort de leur père,
au moment où ils vont être assassinés : blottis
l'un contre l'autre, les deux garçons sont horrifiés
au bruit des pas de leur bourreau que l'on devine au regard du
chien, tourné vers la porte ; on retrouve le même
pathos grandiloquent dans Scène de la Saint-Barthélemy
(1826, musée de Koenigsberg), La Mort d'Élisabeth
d'Angleterre (1827, Louvre), Cromwell ouvrant le cercueil et contemplant
le cadavre décapité de Charles Ier (1831, Nîmes), Napoléon à
Fontainebleau (1845, hôtel des Invalides), Marie-Antoinette
sortant de son procès (1851).
Peintre de mélodrame historique, Paul Delaroche est aussi le peintre du sentimentalisme religieux qui caractérise les années 50 comme en témoignent par exemple la Mater dolorosa (1853, musée de Liège) et La Jeune Martyre (1855)ou L'Évanouissement de la Vierge (1856, Louvre). Tout cela méritait bien une récompense : Paul Delaroche se verra confier décoration de l'hémicycle de l'École des beaux-arts, où triomphe l'éclectisme.
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