Ephéméride 1998

 

Le Centenaire de  « J'Accuse... ! »

 « Hommage à Alfred Dreyfus et Emile Zola »

(janvier - février 1998)

I. Cérémonies officielles

Ces cérémonies ont été placées sous le Haut Patronage de M. Jacques  Chirac, Président de la République, qui a adressé, le 8 janvier 1998, une lettre aux descendants d’Emile Zola et d’Alfred Dreyfus.

Le Comité de Patronage se composait de M.Lionel Jospin, Premier Ministre ; Mme Elisabeth Guigou, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice ; M. Claude Allègre, Ministre de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie ; Mme Catherine Trautmann, Ministre de la Culture et de la Communication, Porte-parole du Gouvernement ; M. Jean-Pierre Angremy, de l’Académie Française, Président de la Bibliothèque Nationale de France ; M. Jean-Denis Bredin, de l’Académie Française ; Me Maurice Rheims, de l’Académie Française, Président de l’Association du Musée Emile-Zola.

<dans le cours du texte, liens vers les différentes allocutions>

Le 11 janvier 1998, à la Bibliothèque Nationale.

A 18 h., à la Bibliothèque Nationale de France (58 rue de Richelieu), inauguration  dans le Salon d’honneur, d’une exposition réalisée autour du manuscrit de J’Accuse et des cahiers contenant les souvenirs d’Alfred Dreyfus (« Hommage au capitaine »).

Allocution de Mme Catherine Trautmann, ministre de la Culture, porte-parole du Gouvernement.

Le 12 janvier 1998, rue de Bruxelles et au siège de la SGDL.

A 12h,  au 21bis rue de Bruxelles, inauguration d’une nouvelle plaque sur les murs de la maison où Zola a écrit « J’accuse ». Allocutions de  M. Gabriel Kaspereit, maire du  IXè arrondissement, et de  Me Maurice Rheims, au nom de de l’Association du Musée Emile-Zola. La plaque commémorative porte l’inscription suivante :

« Emile Zola s’installa dans cet hôtel en 1889.

« Le 12 janvier 1898, il y écrivit J’accuse et y mourut le 29 septembre 1902. »

A 20 h 30, au siège de la Société des Gens de Lettres, rue du Faubourg-Saint-Jacques, table ronde sur le thème « Les responsabilités d’un écrivain », avec Henri Mitterand, Madeleine Rebérioux et Alain Pagès. Débat animé par Marie-France Briselance, secrétaire générale de la SGDL. Lecture d’extraits de l’Ile des Pingouins d’Anatole France par le comédien Jean-Baptiste Marcenac.

Le 13 janvier 1998  au Panthéon,  à la Sorbonne  et à l’Assemblée Nationale

             De 9h à 13 h 30, à la  Bibliothèque Nationale de France,  colloque placé sous la présidence de  M. Jean-Pierre Angremy : « Zola dans l'Affaire Dreyfus ».

            Communications : Alain Pagès (Université de Reims) :  « Introduction à la lecture de "J’Accuse.. !" ».  Nelly Wilson (Université de Bristol) : « Paroles et silences dans "J ‘Accuse... !" ».  Jean-Yves Mollier (Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines) :  « Zola et la rue ».  Philippe Oriol (sihad ) :  « "J’Accuse... !" ou la rédemption : Zola et les  "Jeunes" ».

            Table ronde : « L’affaire Dreyfus dans la recherche contemporaine ». Sous la présidence de Henri Mitterand (Sorbonne nouvelle et Columbia University), avec la participation de Colette Becker (Université de Paris X), Eric Cahm (Université de Tours), Michel Drouin (CNRS), Jean-Pierre Leduc-Adine (Sorbonne nouvelle et Centre Zola), Madeleine Rébérioux (Université de Paris-VIII).

 

             A 16 h 30. Cérémonie au Panthéon, sous la présidence du Premier ministre, M. Lionel Jospin, entouré des membres de son gouvernement. Allocutions de François Labadens (au nom de la Société littéraire des Amis d’Emile Zola), de Pierre Drai (Premier Président honoraire de la Cour de Cassation) et de Lionel Jospin. Une gerbe a été déposée sur la tombe d'Emile Zola. Etaient présents Dominique Strauss-Kahn, ministre de l’Economie et des Finances,  Alain Richard, ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur, Catherine Trautmann, ministre de la Culture, Claude Allègre, ministre de l’Education nationale, Ségolène Royal, secrétaire d’Etat à l’Education nationale,  Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, Jean-Claude Gayssot, ministre des Transports, ainsi que Robert Hue, secrétaire général du Parti communiste.

             En début d’après-midi, à l’Assemblée nationale,  M. Laurent Fabius, Président de l’Assemblée, ouvrait les débats par cette déclaration :

              « Il y a cent ans jour pour jour, Emile Zola publiait dans L'Aurore le fameux article « J’accuse !». Ce fut pour Alfred Dreyfus le tournant de l’espoir. A la Chambre des députés, le débat qui suivit fut décevant, et même consternant. Seul, Jaurès fit entendre une voix différente, une grande voix. Pourtant, selon les mots mêmes de Zola, qui fut condamné par les tribunaux et contraint à l’exil, à partir de « J’accuse !» la vérité et la justice étaient en marche. C’est en pensant à la force de ce texte magnifique et à ce qu’il a représenté dans l’histoire de notre République et la défense de nos valeurs que je voulais, par ces quelques mots, dire la reconnaissance profonde de notre Assemblée nationale. » (Applaudissements).

A 18h30. A la Sorbonne, sous la présidence de M. Claude Allègre et de Me Maurice Rheims, conférence de Jean-Denis Bredin : « "J’Accuse.. !" un moment de la conscience humaine. »  Le Grand Amphithéâtre était bondé. Plus de mille personnes ont assisté à cette conférence d’une qualité exceptionnelle.

             A 21h.  Au Théâtre de l’Alliance française : « J’Accuse... ! » Spectacle présenté par Capucines Productions, mise en scène de Claude Confortès, avec Pierre Lafont et Frédéric Tokarz.

Pendant dix jours, une gigantesque toile de 150 m2 reproduisant le fac-similé de « J’accuse » a été déployée sur les murs de l’Assemblée nationale.  A l’image s’ajoutait le son : la voix enregistrée d’un sociétaire de la Comédie-Française, Philippe Torreton, permettait d’entendre le texte de Zola. Les colonnes du fronton étaient illuminées des couleurs bleu-blanc-rouge de la République.

Le 2 février 1998, à l’Ecole militaire.

            A 16 h 30. A l’Ecole militaire, sous la présidence de M. Alain Richard, ministre de la Défense, inauguration d’une plaque en hommage à Alfred Dreyfus, en présence des descendants d’Alfred Dreyfus et d’Emile Zola. Etaient présents les différents Chefs d’Etat-Major ainsi que des détachements représentant tous les corps de l’armée française. Cette inauguration a été précédée d’une allocution du ministre de la Défense. Le texte figurant sur la plaque commémorative rappelle la date de la dégradation d’Alfred Dreyfus et celle de sa réhabilitation :

« Hommage à Alfred Dreyfus (1859 – 1935).

« Dans cette enceinte, le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus était dégradé pour un crime de haute trahison qu’il n’avait pas commis.

« Dans ce lieu, le 21 juillet 1906, après avoir été réintégré dans l’armée et promu au grade supérieur, le chef d’escadron Alfred Dreyfus était fait chevalier de la légion d’honneur.

             « “La vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera. ” Emile Zola »

            A 17 h.,  dans le grand amphithéâtre de l’Ecole militaire, conférence de Michel Drouin (CNRS), à l’initiative du Centre d’étude d’histoire de la Défense, et en présence du ministre de la Défense : « Réflexions sur l’actualité de  « J’Accuse... ! ». Un débat a suivi cette conférence.

II. Colloques et manifestations diverses

Colloque de New York  (13-15 février 1998).

            Intitulé « L’Affaire Dreyfus. Mémoire et histoire en France et aux Etats-Unis », ce colloque international était organisé à l’Université de Columbia par Henri Mitterand (au nom de la Société littéraire des Amis d’Emile Zola) et Jean-Yves Mollier (au nom de la SIHAD), avec le soutien du « Sterling Currier Fund »,  de la Fondation  « Florence Gould »,  de la  Fondation « Beitler », du ministère des Affaires étrangères et des services culturels de l’Ambassade de France .

Pendant toute la durée du colloque, s’est tenue à la Maison française de Columbia une exposition de documents sur l’affaire Dreyfus,  constituée à partir des collections de la Fondation « Beitler ».

« Les procès de l'Affaire Dreyfus et leurs suites ». Michel Drouin (CNRS) : « Alfred Dreyfus sous l’œil de ses gardiens à l’île du Diable ». Eric Cahm (Université de Tours) : « Le  romancier au tribunal : réactions de la presse française et internationale au procès Zola (février 1898)». Jean-Max Guieu (Georgetown University) : « Les caricatures dreyfusardes et anti-dreyfusardes ».

« Raison d'Etat et antisémitisme ».  Madeleine Rebérioux (Université de Paris-VIII) : « La raison d'Etat ». Pierre Birnbaum (Université de Paris-I) :  « 1898 : voyage au cœur de la France». Uri Eizenzweig (Rutgers University) : « L'ignorance des origines : entre l'Affaire et la naissance du sionisme ». Sylvère Lotringer (Columbia University) : « Le Salut par les Juifs. De Bloy à  Céline ».  Lorraine Beitler (The Beitler Foundation) : « Point de vue d’un collectionneur : l’Affaire Dreyfus aux Etats-Unis. »

« Les intellectuels dans l'Affaire ». Antoine Compagnon (Columbia University) : « Philosémites antidreyfusards : les libéraux et l'Affaire ». Willa Z. Silverman (Pennsylviana State University) : « Le rôle des antidreyfusardes (Gyp, la duchesse d'Uzès, la comtesse de Loynes, etc) ». Jeffrey Mehlman (Boston University) : « Péguy et l'Affaire ». Jean-Yves Mollier (Université de Versailles-St-Quentin-en-Yvelines) : « Les contre-Zola ».

« Représentations de l'Affaire au XXe siècle ». Norman Kleeblatt (The Jewish Museum, New York) :  « Le corps d'Alfred Dreyfus : le site des anxiétés françaises ( masculinité, homosexualité et pouvoir). » David Schall (Vassar College) : « Entre la fin de siècle et la Belle Epoque : les intellectuels dans leur monde. »  Sander L. Gilman (University of Chicago) : « Le Dreyfus de Kafka, ou au-delà de l'Affaire Dreyfus ».  Wolfgang Asholt (University of Osnabrück, Allemagne) : « L'Affaire dans la dramaturgie au XXe siècle. ». – Table ronde dirigée par Tom Bishop : « L'Affaire Dreyfus aujourd’hui », avec la participation de Sam Bloom (Columbia University),  Susan Daitch, Victoria de Grazia (Columbia University).

« L'Affaire Dreyfus et les cultures politiques ». Alain Pagès (Université de Reims) : « De l’action intellectuelle. Une adresse d’Emile Zola au peuple américain en janvier 1898. ». Zeev Sternhell (Université hébraïque de Jérusalem) : « Dreyfusisme et antidreyfusisme. L’Affaire, prototype de l'affrontement continu  de deux cultures politiques antagonistes, de la fin du XIXe siècle jusqu'à Vichy. » – « Bilan du colloque » par Jean-Yves Mollier.

Colloque de  Washington  (17 février 1998).

            Intitulé « The Dreyfus case. Human rights vs. prejudice, intolerance and demonization » (« L’Affaire Dreyfus. Droits de l’Homme / préjugés, intolérance et diabolisation »), ce colloque était organisé à l’Université Georgetown, sous la responsabilité de Jean-Max Guieu .

« Iconographic Propaganda ». Jean-Pierre Leduc-Adine (Université de Paris-Sorbonne) : « Zola, le Juif ». Ori Soltes (Directeur du B'Nai B’Nai B'rith National Museum de Washington) : « Image and Idea : Dreyfus as Outsider ».

« Human Rights and Bigotry ». Nicolas Dobelbower (Duke University) : « Petits bleus et Billets doux : Dangerous Correspondence(s) of the Dreyfus Affair ». Norman Kleeblatt (The Jewish Museum, New York) :  « Alfred Dreyfus’s Body : The Site for France’s displaced Anxieties about Masculinity, Homosexuality and Power » [reprise de la communication faite au colloque de Columbia]. Bill Press (journaliste de la chaîne CNN) : « Trial by the Media : neither Truth nor Justice ».

« Moral Stand and the Institutions ». Alain Pagès (Université de Reims) : « Vérité, roman de l’Affaire ». John W. Padberg (Directeur de l’Institute of Jesuit Sources de St Louis) : « The Demonization of the Jesuits ».

« Intellectual Involvement ». Scott Lerner (Franklin & Marshall College) :  « Rallying Around Dreyfus and Léon Daudet : Proust's Affair ». Alain-Marc Rieu (Université de Lyon) : « La fin du pacte intellectuels-société ».

            Publication des Actes : J.-M. Guieu, éd., Intolérance et indignation. L’Affaire Dreyfus, Ed. Fischbacher, 2000.

Manifestation du Palais de Justice (21 février 1998).

            Organisée conjointement par la Ligue des Droits de l’Homme et l’Ordre des avocats à la Cour d’appel de Paris, cette manifestation, qui s’est tenue dans la grande salle des Assises du Palais de Justice, a évoqué les différents moments du procès de Zola (7-23 février 1898).

Plusieurs personnalités ont pris successivement la parole pour expliquer la situation des acteurs de l’époque, Zola, Clemenceau, Labori, ou Jaurès, et faire revivre ces heures « exceptionnelles » : des magistrats de la Cour de Cassation (Jean Favard, Roland Kessous), des spécialistes du droit (Henri Ader, Jean-Yves Dupeux, Jean-Pierre Royer, Didier Maus, Bernard Favreau), des avocats (Thierry Lévy, Henri Leclerc), des historiens (Madeleine Rebérioux, Michel Drouin). Jean-Pierre Miquel, de la Comédie-Française, a lu “J’accuse... !”. La manifestation était présidée par Me Henri Leclerc, président de la Ligue des Droits de l’Homme.

Colloque de  Londres (7 mars 1998).

            Sous le titre « “J’accuse... !” : A Centenary »,  ce colloque s’est tenu à l’Institut français de Londres, sous l’égide de la « Emile Zola Society » britannique présidée par David Baguley. Son organisation avait été confiée à Chantal Morel, secrétaire général des Amis de Zola en Grande-Bretagne.

            David Baguley (University of Durham) : « Emile Zola Committed Writer before “J’accuse... !” ». Geoff Woollen (University of Glasgow) : « Prix Argus du Canard ». Nelly Wilson (University of Bristol) : « Dreyfusard Articles preceding “J’accuse... !” », « “J’accuse... !” ». Eric Cahm (Université de Tours) : « Reactions to “J’accuse... !” ».

            Cette journée d’études a été accompagnée par la lecture de passages de “J’accuse... !” et de témoignages contemporains par Norman Mitchell et Chantal Morel. Des extraits de films sur l’affaire Dreyfus ont également été projetés, commentés par Russell Cousins (University of Birmingham). Keith Howell (vice -président de la  « Emile Zola Society » a présenté une série de caricatures de la fin du XIXè siècle, relatives à l’Affaire.

Journée d’études de Valenciennes (27 mars 1998).

            Organisée par la Faculté des lettres de l’Université de Valenciennes, cette journée d’études était placée sous la responsabilité scientifique de Karl Zieger.

            Cinq communications ont été proposées, autour de “J’accuse”et de sa réception… Alain Pagès : « A propos de “J’accuse” ». Philippe Oriol : « “J’accuse” et le contexte politique ». Danielle Delmaire : « La réception de “J’accuse” dans le Nord ». Eric Cahm : « “J’accuse” vu du monde anglo-saxon ». Karl Zieger : « Marianne brise le miroir qui révèle les rides de son visage… “J’accuse” et la presse de langue allemande. »

Publication des Actes : Karl Zieger, éd., Emile Zola, J’accuse. Réactions nationales et internationales, in Recherches valenciennoises, n°2, Presses de l’Université de Valenciennes, 2000.

Musée de Médan. Autour de  J'accuse et des Preuves  (30 mai 1998).

            Cette journée d’études était organisée par la Société d’Etudes jaurésiennes ainsi que par la Société littéraire des Amis de Zola,  l’Association du Musée Emile-Zola et le Centre d’Etudes sur Zola et le naturalisme.

            Spécialistes de Zola et spécialistes de Jaurès ont pris alternativement la parole pour analyser le  texte de « J'accuse » et celui des Preuves

 Alain Pagès : «Zola en 1898 » et  « Le discours argumentatif de J’accuse ». – Madeleine Rebérioux : « Jaurès en 1898 ». – Gilles Candar : « Jaurès en 1898 : le tafia, les Crétois et l’Affaire ». – François Labadens : « J'accuse et la caricature ». – Vincent Duclert : « Les Preuves et la caricature ». – Eric Cahm : «Le Siècle, journal dreyfusard ». – Jean-Pierre Leduc-Adine : « Zola : un combat pour les Juifs ». – Béatrice Laville : « J’accuse et Vérité ».

Publication des Actes : Jean Jaurès cahiers trimestriels, n°151, 2000.


  Les communications ont été prononcées soit en anglais, soit en français (dans la liste qui suit, nous avons traduit les titres des communications données en anglais) : à l’issue du colloque, elles ont été placées sur le site Internet de l’Ambassade de France à New York (voir p. 000).

  A l’issue du colloque, les communications ont été mises sur le site Internet de l’université de Georgetown (voir p. 000).